Un colis « neutre en carbone », un site « compensé », un produit « zéro émission » : ces promesses se sont multipliées, et EdenColor en a fait partie. Que finance vraiment la compensation carbone, et qu'est-ce qu'une entreprise a encore le droit d'en dire ?
Compenser, c'est payer pour qu'une tonne de CO2 soit évitée ou retirée de l'air ailleurs, par un projet mesuré et vérifié. Cela ne supprime aucune émission de l'entreprise qui paie. C'est pourquoi le droit européen interdit désormais de présenter un produit comme neutre sur la seule base de la compensation.
La confusion vient d'un raccourci. Une entreprise mesure ses émissions, en réduit une partie, puis achète des crédits pour le reste et annonce un solde nul. Sur le papier, le compte est équilibré. Dans l'atmosphère, les émissions du colis ou du serveur ont bien eu lieu ; seule la tonne évitée ou stockée ailleurs vient, peut-être, les contrebalancer. Tout repose sur ce « peut-être » : le projet aurait-il existé sans cet argent, le carbone restera-t-il stocké, la même tonne a-t-elle été vendue deux fois ? C'est pour cette raison que l'article de 2020 publié ici, qui annonçait une stratégie « zéro carbone », n'est pas remis en ligne tel quel. Cette version explique le mécanisme, ce que la loi en dit, et ce qu'EdenColor affirme aujourd'hui.
Ce que recouvre la compensation carbone
En bref
La compensation carbone consiste à financer un projet qui évite ou retire du CO2 hors de son activité. Chaque tonne vérifiée devient un crédit carbone, que l'acheteur annule pour s'en attribuer le bénéfice. Les émissions propres de l'acheteur, elles, restent inchangées.
Un programme de compensation suit toujours le même fil. Un porteur de projet (une coopérative forestière, un fabricant de fours de cuisson, un exploitant de méthaniseur) décrit ce qui se serait passé sans lui : c'est le scénario de référence. Il calcule ensuite l'écart entre ce scénario et son projet, en tonnes de CO2. Un organisme indépendant vérifie le calcul, puis les tonnes validées sont inscrites dans un registre sous forme de crédits.
L'entreprise qui achète un crédit doit ensuite l'annuler dans ce registre, pour qu'il ne puisse plus être revendu. Sans cette annulation, rien n'empêche qu'une même tonne serve deux fois. Le prix d'un crédit varie beaucoup d'un projet à l'autre, et un prix bas n'est pas un signe de qualité : il reflète souvent un projet facile à monter, ou un calcul généreux.
Éviter ou retirer le CO2 : deux familles de crédits
Tous les crédits ne mesurent pas la même chose. La distinction entre évitement et retrait est la première question à poser devant une promesse de neutralité.
- Les crédits d'évitement financent un projet qui émet moins que le scénario de référence : des fours de cuisson plus sobres, une énergie renouvelable à la place du charbon, une forêt protégée d'un défrichement annoncé. Aucun CO2 n'est retiré de l'air ; on estime seulement celui qui n'a pas été émis.
- Les crédits de retrait, ou d'absorption, financent un projet qui capte du CO2 déjà présent dans l'air et le stocke : plantation d'arbres, carbone stocké dans les sols agricoles, et plus rarement stockage géologique. Le gain est plus direct, mais il dure tant que le stockage dure.
La nuance compte. Compenser une émission réelle par une émission évitée ailleurs revient à comparer une tonne mesurée à une tonne estimée. Même un crédit de retrait bien vérifié ne rend pas un produit neutre : il ajoute un stockage ailleurs, sans rien changer à la fabrication ni au transport du produit lui-même.
Les standards et labels de la compensation carbone
En bref
Un crédit carbone sérieux passe par un standard : une méthode de calcul publiée, une vérification par un tiers indépendant et un registre public. Le standard garantit une méthode, pas la neutralité de l'entreprise qui achète les crédits.
La plupart des crédits vendus dans le monde relèvent de standards internationaux privés, qui publient leurs méthodes et tiennent leurs registres. En France, le ministère chargé de l'écologie a créé le Label bas-carbone pour des projets situés sur le territoire, en forêt ou en agriculture. L'Union européenne a de son côté adopté le règlement (UE) 2024/3012, qui pose un cadre de certification pour les retraits de carbone, publié sur EUR-Lex, le portail officiel du droit européen.
Quel que soit le standard, les mêmes questions reviennent pour juger un crédit :
- l'additionnalité : le projet n'aurait pas vu le jour sans l'argent des crédits ;
- la permanence : le carbone reste stocké sur la durée, même en cas d'incendie ou de coupe ;
- le calcul : le scénario de référence n'est pas gonflé pour produire plus de crédits ;
- l'unicité : chaque tonne est comptée et annulée une seule fois ;
- la vérification : un organisme indépendant contrôle le projet, pas seulement ses déclarations.
Les limites de la compensation carbone
Chacun de ces critères est aussi un point faible connu. Une forêt protégée ne garantit rien si le défrichement se déplace sur la parcelle voisine. Une plantation peut brûler ou être abattue, et relâcher le carbone qu'elle avait stocké. Un scénario de référence pessimiste fabrique des tonnes qui n'ont jamais existé.
Il y a aussi un décalage dans le temps. Un colis émet le jour où il roule ; un arbre planté pour le compenser mettra des années à stocker la même quantité, s'il survit. Enfin, la compensation peut servir de dispense : acheter des crédits coûte souvent moins cher que de changer un emballage, un transport ou un fournisseur. Les démarches les plus sérieuses la placent donc en dernier, après la mesure et la réduction, et n'en tirent aucune allégation de neutralité.
Ce que la directive (UE) 2024/825 change
En bref
La directive (UE) 2024/825 interdit de dire qu'un produit a un impact neutre, réduit ou positif sur l'environnement en raison de la compensation. Elle interdit aussi les allégations vertes génériques non étayées et les labels de durabilité non certifiés.
Adoptée le 28 février 2024, la directive (UE) 2024/825 complète la liste des pratiques commerciales considérées comme déloyales en toutes circonstances. Les États membres devaient la transposer au plus tard le 27 mars 2026, pour une application à partir du 27 septembre 2026. Son texte officiel est consultable sur EUR-Lex, dans toutes les langues de l'Union. La France encadrait déjà, depuis la loi Climat et résilience, les mentions de neutralité carbone dans la publicité.
Date à partir de laquelle les États membres appliquent les règles de la directive (UE) 2024/825 sur les allégations environnementales.
| Exemple de formule | Sur quoi elle repose | Ce que prévoit la directive | Ce qui reste possible |
|---|---|---|---|
| « Produit neutre en carbone » | Crédits achetés | Interdit si fondé sur la compensation | Décrire le projet financé, sans parler du produit |
| « Écologique », « respectueux de l'environnement » | Aucune preuve précise | Interdit sans excellence environnementale reconnue | Une allégation précise et étayée |
| Logo ou label maison « éco » | Auto-déclaration | Interdit hors système de certification ou autorité publique | Un label certifié, nommé |
| « Nous finançons tel projet, sous tel standard » | Fait vérifiable | Admis s'il n'induit pas en erreur | Nommer le projet, le standard et le registre |
Source : directive (UE) 2024/825 du 28 février 2024, annexe I de la directive 2005/29/CE telle que modifiée, et considérants, EUR-Lex.
Pour une petite entreprise, la conséquence est simple. Elle peut financer un projet et le dire, en le nommant, avec son standard et son registre. Elle ne peut pas en tirer une promesse sur son produit. Et une affirmation générale sur sa « démarche verte » doit reposer sur des preuves qu'un client ou un contrôleur peut vérifier.
Ce qu'EdenColor dit aujourd'hui de son impact
En 2020, EdenColor annonçait une stratégie « zéro carbone » : des expéditions compensées par le programme du transporteur, un hébergement du site compensé par l'hébergeur. Ces programmes appartenaient à des partenaires, nous ne pouvons plus les vérifier, et la directive (UE) 2024/825 interdit de toute façon d'en tirer une promesse de neutralité. Nous les retirons, sans les remplacer par une autre formule.
Ce que nous affirmons se limite donc à ce qui se vérifie. EdenColor est une peinture pour gazon et haies, vendue en bidon de 1 L. Elle colore le végétal ; elle ne le soigne pas, ne le nourrit pas et ne réduit aucune émission. Elle ne compense rien, et nous ne la présentons ni comme neutre, ni comme écologique. Le concentré ne se vide ni dans un égout ni dans un cours d'eau, et l'eau de rinçage du pulvérisateur non plus.
Ce qu'une pelouse stocke ou émet vraiment, selon la façon dont on l'entretient, est détaillé dans l'article sur le bilan carbone du gazon. Quant aux raisons de colorer une pelouse ou une haie plutôt que l'arroser, la ressemer ou l'arracher, elles sont pratiques : nous ne les présentons jamais comme un geste pour le climat.
Une seule application, sur gazon sec, même quand l'arrosage est interdit.
- Sans danger pour enfants et animaux une fois sec
- 1 L + 6 à 8 L d'eau = 100 m² de gazon