Haies et arbustes 9 min

Les maladies des thuyas : que faire d'un thuya qui sèche

Haie de thuyas marquée de plaques brunes et sèches, avant traitement

Une branche de thuya roussit au milieu d'une haie encore verte, ou tout un sujet grisaille puis sèche sur pied. Maladie, insecte, ou simple manque d'eau ? Avant de traiter, de couper ou d'arracher, la forme des dégâts aide à savoir de quel côté chercher.

Un thuya qui sèche ne souffre pas forcément d'une maladie : manque d'eau, gel, sel, engrais ou taille trop courte peuvent en être la cause. Les vraies maladies existent aussi, comme le Phytophthora, qui fait pourrir les racines dans les sols mal drainés. Pour trancher, on regarde où le brun apparaît, comment il avance, et ce que cache l'écorce.

Lire la forme des dégâts sur une haie de thuyas

Un champignon, un insecte et un coup de sec ne laissent pas la même trace. Avant toute chose, faites le tour de la haie et notez ce que vous voyez, sujet par sujet. Ces quatre schémas aident à savoir de quel côté chercher.

  • Un sujet entier qui ternit, puis les voisins un par un : on pense d'abord aux racines, donc au Phytophthora ou à l'eau qui stagne.
  • Des branches isolées qui brunissent sur un sujet par ailleurs vert : le bupreste, ou peut-être un chancre ou un scolyte, qui coupent la sève à un endroit précis.
  • Les pointes seulement, au printemps : peut-être une brûlure des pousses ou une chenille mineuse, deux causes décrites au Québec.
  • Toute une face, à la même hauteur, sur plusieurs sujets : le soleil, le vent, le gel ou le manque d'eau, pas une maladie.

Trois gestes complètent l'observation. Pliez un rameau bruni : souple et vert sous l'écorce, il vit ; cassant et sec, il est mort. Grattez l'écorce au pied avec l'ongle : le bois vivant est clair, un bois brun-roux au collet est mauvais signe. Enfin, secouez une branche au-dessus d'une feuille blanche et regardez si de minuscules points se mettent à bouger.

Les maladies qui font sécher un thuya

Phytophthora, la pourriture des racines

Le Phytophthora est un organisme du sol, longtemps classé parmi les champignons, qui fait pourrir les racines. Il prospère dans les terres lourdes, tassées ou gorgées d'eau, et dans les parties basses du jardin où l'eau stagne après la pluie. C'est une maladie grave, qu'il faut écarter en premier quand des sujets meurent.

Le feuillage perd d'abord son brillant et prend une teinte gris-vert, terne, puis jaunit et brunit sur tout le sujet. Au collet, sous l'écorce grattée, le bois est brun-roux au lieu d'être clair. Les racines sont noirâtres et leur écorce se détache facilement. Surtout, la maladie avance le long de la haie : un sujet meurt, puis son voisin, toujours dans la même zone.

D'autres champignons attaquent la partie aérienne. Ils peuvent profiter d'un thuya déjà affaibli, par le manque d'eau, le gel ou une taille qui a laissé des plaies, et d'un feuillage qui reste humide dans une haie trop serrée.

Pestalotiopsis et Seiridium, des chancres possibles

Des rameaux ou des branches qui brunissent çà et là, sans ordre apparent, pourraient venir d'un champignon des rameaux comme Pestalotiopsis. Seiridium, le chancre du cyprès, pourrait aussi toucher le thuya ; sur le cyprès, il fait brunir les rameaux portés par une même branche, et l'écorce, légèrement déprimée, laisse couler de la résine. Ces deux champignons sont peu décrits sur le thuya : si vous les soupçonnez, montrez un rameau atteint à un professionnel.

Kabatina et Didymascella, deux maladies décrites au Canada

Les sources qui décrivent ces deux champignons sur le thuya viennent du Québec et du reste du Canada ; leur présence sur le thuya en France n'est pas établie. Kabatina infecterait le thuya en automne, et les dégâts n'apparaîtraient que tôt au printemps suivant : des tiges d'un an ou plus bruniraient au moment où les nouvelles pousses démarrent. On verrait alors sur la tige une bande grise et une limite nette entre la partie saine et la partie atteinte, là où le froid ou le manque d'eau donnent un dégradé. Didymascella, décrite sur le thuya géant (Thuja plicata) et le thuya occidental, brunirait les écailles une à une.

Scolytes, bupreste, acariens : les ravageurs du thuya

Les insectes et les acariens laissent des indices plus concrets que les champignons : des trous, de la sciure, des galeries, du miellat ou des toiles. Une loupe et une feuille blanche suffisent pour la plupart.

  • Scolytes : de petits coléoptères qui pourraient creuser sous l'écorce des rameaux et des branches d'un sujet déjà affaibli ; l'écorce porterait alors de petits trous ronds, parfois un peu de sciure. Ils sont peu décrits sur le thuya.
  • Bupreste du thuya : ses larves creusent des galeries plates sous l'écorce, et des branches entières sèchent une à une. Les trous de sortie, sur le tronc et les branches, sont ovales et obliques, de 2 à 4 mm de long.
  • Mineuse du thuya, décrite au Québec : une petite chenille pourrait vider l'intérieur des pointes. Le bout des ramilles pâlirait au début de l'automne, puis brunirait au printemps suivant ; à contre-jour, les petits rameaux bruns montreraient des galeries, des larves ou des chrysalides.
  • Acariens : par temps chaud et sec, le feuillage se couvre d'un fin piqueté jaunâtre puis prend une teinte grise ou bronzée, souvent avec de fines toiles. Ce sont eux qui bougent sur la feuille blanche.
  • Pucerons et cochenilles : des colonies sur les rameaux, ou de petits boucliers blancs collés aux écailles. Le feuillage devient collant et se couvre d'un dépôt noir, la fumagine.

Manque d'eau, gel, sel, engrais : les faux airs de maladie

Beaucoup de thuyas soignés comme des malades souffrent en réalité de leur environnement. Ces causes ne laissent ni points noirs, ni trous, ni sciure, et elles suivent une logique de lieu : une face, une hauteur, un passage.

  • Le manque d'eau brunit les extrémités et la face exposée au soleil ou au vent, après un été sec, sur plusieurs sujets à la fois. Les racines du thuya restent près de la surface, là où la terre sèche en premier.
  • Le gel et le vent d'hiver dessèchent la face exposée quand le sol gelé empêche les racines de boire. À ne pas confondre avec le bronzage d'hiver du thuya occidental, que détaille notre article sur l'entretien des végétaux l'hiver.
  • Le sel de déneigement abîme surtout le côté de la haie qui donne sur la route ; les branches restées sous la neige sont en général peu ou pas touchées.
  • L'engrais ou le désherbant roussissent les sujets peu après l'épandage, souvent le long d'une pelouse ou d'une allée traitée, quand les granulés touchent le collet ou que la dose est trop forte.

Si le brun correspond exactement à l'endroit taillé l'an dernier, ce n'est pas une maladie non plus : le vieux bois du thuya ne repart pas. Pour éviter que ça se reproduise, voyez quand tailler une haie de thuyas et jusqu'où couper. La plupart de ces causes sont reprises, avec les signes qui permettent ou non de les reconnaître, sur notre page de diagnostic du thuya. Si vous hésitez encore entre deux causes, répondez à quelques questions sur votre thuya : le diagnostic vous montre celles qui restent possibles, chacune avec sa source.

Que faire d'un thuya malade : couper, drainer, remplacer

La plupart des problèmes du thuya se règlent par des gestes de jardinier plutôt que par un produit. Ils valent pour les champignons comme pour les ravageurs, et ils corrigent au passage ce qui a affaibli la haie.

  1. Coupez le bois mort. Par temps sec, bien en dessous de la partie brune ou du chancre, dans le bois sain, en nettoyant l'outil entre deux sujets.
  2. Évacuez les déchets. Branches malades et sujets arrachés partent en déchetterie, jamais au compost ni en paillis au pied de la haie.
  3. Réglez l'eau du sol. Drainez les zones où l'eau stagne ; arrosez longuement et rarement plutôt qu'un peu chaque jour, au pied et non sur le feuillage.
  4. Aérez la haie. Une taille légère et régulière laisse passer l'air et sèche plus vite le feuillage après la pluie.
  5. Remplacez avec une autre espèce. Après un Phytophthora, ne replantez pas de thuya au même endroit : choisissez une espèce moins sensible, ou une haie mélangée.

Faites appel à un professionnel, paysagiste, élagueur ou pépiniériste, quand plusieurs sujets meurent à la suite, quand le tronc porte des trous ou des galeries, ou quand la cause reste introuvable. Un diagnostic sur un échantillon coûte moins cher que le remplacement de toute une haie, et c'est à lui de dire si un traitement a un sens.

Peindre un thuya malade : les limites de la coloration

La peinture pour haies ne soigne rien. Elle ne tue ni champignon ni insecte, ne ramène pas un rameau mort à la vie et ne ralentit pas un Phytophthora : sur une haie qui dépérit, elle masquerait seulement les signes qu'il faut justement surveiller. Un thuya mort ou malade ne se rattrape pas avec de la couleur.

Elle a sa place une fois la cause trouvée et réglée, sur une haie vivante qui garde des plaques brunes le temps de se refaire. Elle redonne alors une teinte verte au feuillage, et elle part avec les branches taillées. Pour savoir si votre haie en est là, notre page sur la haie brûlée ou morte vous aide à trancher avant tout achat.

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